Il est des romans qui dépassent le genre dans lequel on les catégorise, c'est clairement le cas avec cet opus d'Olivier Norek. Ce dernier nous avait déjà habitué à des ambiances intenses, lourdes parfois, aux scènes réalistes et aux personnages qui sonnent justes avec les enquêtes de l'inspecteur Coste et son équipe. Mais avec "Entre deux mondes", on sort du cadre strict du roman policier pour découvrir un roman profond, fort, ancré dans une actualité brûlante certes déjà abordée dans d'autres romans ("L'opticien de Lampédusa" d'Emma-Jane Kirby notamment) mais pas de cette manière puissante et brutale. Ici sont mises en exergue toutes les problématiques des locaux, des gens de passage, des migrants et cette Jungle dont nous avons tant entendu parler placée au centre du roman comme un personnage principal immatériel et pourtant si incarné. Quand sous couvert d'une enquête policière est mise en scène l'humanité cela donne "Entre deux mondes", un livre fort, sans concession mais sans manichéisme non plus, juste (et c'est déjà énorme) une porte ouverte à la réflexion : par delà mes beaux principes, mes belles idées qu'est-ce que je ferai moi dans telle ou telle situation ?. C'est un roman de société, dans lequel chaque point de vue et chaque enjeu est expliqué et qui oblige à se rappeler à quel point le monde est gris et complexe, mais aussi que parfois faire de son mieux est insuffisant
L’opticien de Lampedusa, c’est une histoire vraie, tirée du reportage du même nom. L’auteure rapporte un témoignage poignant : l'histoire d'un opticien de la minuscule île italienne qui part quelques jours en mer avec sa femme et son groupe d’amis. A l’aube, l’équipage découvre des dizaines, des centaines d’hommes dans l’eau qui crient, qui se noient. Ils viennent d’Erythrée, et leur bateau a fait naufrage. Comment tous les sauver ? La réalité frappe les occupants du bateau de plein fouet. Comment accepter que tant de migrants soient morts et meurent chaque jour en essayant de traverser la Méditerranée vers l'Europe, rêvant d’un monde meilleur ?
Une histoire courte, humaine et touchante qui montre une réalité terrifiante.
Nous découvrons un couple au moment où la femme pense que son mari ne l'aime plus, et qu'il va bientôt vouloir divorcer. Le mari nous apparaît en éternel insatisfait, alors que sa femme est au petit soin. Puis petit à petit, on se questionne. Quelque chose cloche, on ne sait plus quoi penser, ni de quel côté être. C'est vrai qu'après tout, il exagère à s'endormir en plein milieu d'une conversation. Mais n'est ce pas un peu extrême de cacher un double des clés de la boîte aux lettres pour pouvoir contrôler le courrier ? Et la semaine ne fait que commencer...
Pendant toute une semaine, nous sommes dans la tête de cette épouse, elle nous inquiète d'abord, par ces comportements obsessionnels de plus en plus extrêmes, jusqu'au ridicule. Mais on se surprend également à s'inquiéter pour elle, à éprouver de la compassion pour cette femme touchante malgré tout, qui fait passer le bonheur de son mari en priorité et privilégie les apparences, jusqu'à étouffer ses propres envies.
Durant cette lecture, on sera tantôt abasourdi, tantôt ému. On va de surprise en surprise au fil des chapitres et des jours de la semaine, jusqu'à la lecture du dernier chapitre, qui remettra toute la semaine écoulée en perspective.
Été brûlant à Saint Allaire, c'est un peu une réécriture de Cendrillon, mais qui a pour décor un petit village de campagne, en 1966.
Tout se sait à Saint Allaire, où les commérages et les ragots vont bon train, créant leur lot d'intrigues. Mais on nous apprend vite que c'est la charmante Anna Soulette, fille d'un fermier veuf et alcoolique, qui semble être le personnage pivot de cette histoire. On découve alors au fur et à mesure les lieux emblématiques du village, ses habitants atipyques, avec chacun leurs qualités, et surtout leurs défauts ...
L'image et le texte se complètent parfaitement, et les introductions de chaque chapitre sont rédigées avec une plume très fluide, trouvant toujours le bon mot, pour amorcer la suite de l'histoire. Le ton est comique, souvent ironique, notamment grâce aux nombreux jeu de mots.
Un magnifique herbier qui allie art, poésie et science... Si, si, c'est possible. Cet "album" s'inspire des herbiers du 18ème siècle. Un qualité graphique incroyable, une précision naturaliste des plantes mais aussi des animaux associés ainsi qu'une explication compréhensible des OGM et de la transgénèse. Comme quoi, il suffit de quelques mots et de quelques planches pour qu'un sujet devienne plus parlant.
Aux côtés de Nihal, dernière demi-elfe du Monde Emergé, nous apprenons la magie et l’art martial. Surtout, nous découvrons avec elle comment une jeune femme forte, victime de préjugés patriarcaux, fait face et apprend à sauver le Monde mais aussi, à s’apprivoiser elle-même…
Une belle découverte, pour ce conte fantastique et onirique chinois qui perturbe nos repères d'européens. Un dessin et des couleurs qui rendent compte à merveille de cet univers fait de croyances et de traditions. Curieuse de découvrir d'autres volumes.
Combien de terre faut-il à un homme pour estimer posséder assez pour être heureux et satisfait.? Est-on capable de s'arrêter de chercher toujours plus et mieux ? La cupidité, l'envie poussent-elles toujours à vouloir davantage sans discernement ?
Dans sa nouvelle à l'origine de cette adaptation en album jeunesse, Tolstoï nous parle du capitalisme, thème à priori peu évident à mettre à hauteur d'enfant sans être ni simpliste, ni moralisateur. Cette adaptation par AnneLise Heurtier et Raphël Urwiller fonctionne pourtant à merveille. Le travail tout en délicatesse sur le texte et les illustrations montre subtilement les dérives et conséquences de l'avidité.
On suit les envies et changements de Pacôme et bien sur on sent qu'on court à la catastrophe et on tourne les pages avec appréhension jusqu'à la chute – et quelle chute !
Un livre que l'on peut mettre en parallèle avec la chanson "Les murs de poussière" de Francis Cabrel dans laquelle le protagoniste "voulait trouver mieux que son lopin de terre, que son vieil arbre tordu au milieu."...
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